plaque de pilier du cloître de Moissac

Pilier de Durand de Bredons

Le pilier central de la galerie Est est, comme c’est le cas pour plusieurs autres piliers, recouvert sur trois de ses faces par les plaques de marbre d’un élément monolithique (cuve de sarcophage remployée ?). Les deux faces latérales, plus étroites, s’ornent d’un motif d’imbrications courant dans le monument.

Les quatre piliers d’angle du cloître portent les figurations de huit apôtres, réunis deux à deux. On connaît deux autres apôtres, l’un déplacé, l’autre disparu. L’abbé Durand de Bredons est le seul personnage présent sur un pilier, ainsi mis au rang des disciples les plus proches du Christ. Comme les apôtres, il est debout sous une arcature qui proclame ses nom et titre : S(AN)C(TU)S DURANNUS EP(ISCOPU)S TOLO ✝ SANUS ET ABB(A)S MOYSIACO (saint Durand, évêque de Toulouse et abbé de Moissac). Représenté frontalement, nimbé comme un saint, portant les vêtements liturgiques propres à sa fonction, il bénit de la main droite et tient la crosse de la main gauche.

Une chronique de l’abbaye de Moissac du XIVe siècle nous apprend que l’effigie de marbre de Durand de Bredons se trouve face à la salle capitulaire où se réunissent les moines pour prier et prendre les décisions importantes de leur communauté. Durand de Bredons, ancien moine de Cluny, fut mis sur le siège abbatial moissagais pour y introduire la réforme impulsée par le grand monastère clunisien devenant ainsi l’abbaye-mère de Saint-Pierre de Moissac. Durand « régna » de 1048 à 1071. Au milieu du XIe siècle, cette affiliation clunisienne fut un évènement capital et la source d’une nouvelle et extraordinaire prospérité, prospérité qui allait permettre, entre autres, la mise en chantier du cloître de 1100.

Il faut remarquer que Durand est d’abord qualifié d’ « évêque de Toulouse » avant d’être qualifié d’« abbé de Moissac » et rappeler que seuls les évêques sont les légitimes successeurs des apôtres. Il faut remarquer qu’en face de son pilier, dans la galerie Ouest, se situe le pilier où est bien mis en évidence le nom de l’abbé qui a fait réaliser le cloître roman, Ansquitil, abbé peu après Durand. Un certain nombre d’autres remarques (trop nombreuses pour les faire figurer dans cette notice) touchant les piliers conduit à l’hypothèse suivante : leur ensemble sculpté très cohérent expose l’ambition des 76 chapiteaux romans qu’ils « encadrent » : faire comprendre par l’image en 3D le sens véritable - c’est-à-dire celui qui est à coup sûr donné par le Christ - des épisodes de la Bible et de la vie de l’Église. Ce sens véritable se confondant toujours avec le sens de l’existence même du Christ, comme le répètent à longueur de pages les commentateurs de l’Écriture sainte (Augustin, Jérôme, etc.) dont les moines de Moissac ne cessaient de copier et recopier les textes d’exégèse pour en remplir leur bibliothèque.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac