chapiteau de Moissac

Martyre des saints Fructueux, Augure et Euloge

Ce chapiteau évoque le martyre d’un évêque de la ville espagnole au riche passé antique de Tarragone et de ses deux diacres. Ce martyre, subi parce que ces chrétiens des premiers temps refusaient d’honorer les dieux païens, serait survenu en 259 après Jésus-Christ d’après les « Actes » qui le racontent.

Au centre de la face Nord, l’évêque Fructueux (FRUCTUOSUS EPISCOPUS) tient sa crosse dans une main et bénit de l’autre. Il est encadré par Augure (AUGURIUS) et Euloge (EULOGIUS). Ils ont les attributs qui sont ceux de la célébration du sacrifice de la messe. L’un tient un livre fermé et l’autre un livre ouvert. La récurrence dans le cloître de cette opposition livre fermé /livre ouvert doit nous convaincre qu’elle fait sens : le livre fermé symbolise sans doute l’Ancien Testament (dont les épisodes n’ont pas été encore expliqués par le message du Christ) et le livre ouvert le Nouveau Testament (qui révèle enfin la vraie signification des mots de l’ancienne Loi).

Les autres faces présentent les acteurs et les épisodes du drame. Face Est le gouverneur de Tarragone, EMILIANUS PRES(ES) juge les futurs suppliciés et les condamne à mort, d’un signe de la main. Sur la face Sud les trois martyrs sont sur le bûcher, environnés de flammes. Cette scène évoque très précisément le sacrifice de trois autres victimes à cause de leur foi- : les trois jeunes hébreux dans la fournaise de la galerie Nord, dont l’histoire appartient au temps d’avant le Christ. Sur la face Ouest de la corbeille du chapiteau figurent les âmes, représentées comme de petits personnages nus aux mains élevées pour la prière, de l’évêque mort et de ses diacres. Une mandorle - nimbe en forme d’amande richement orné- les entoure. Elle est portée par des anges et la main divine, sortie des nuées, la hisse vers le paradis. Les lettres A et M sur le dé médian signifient sans doute A(NIMAE) M(ARTIRUM) : les âmes des martyrs.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac