chapiteau de Moissac

Adoration des mages, massacre des saints Innocents

Seul l’Evangile de Matthieu (2, 1-18) évoque la venue de mages apportant des présents au « roi des Juifs » nouveau-né et la fureur homicide d’Hérode le Grand qui fit massacrer, à Bethléem, tous les enfants de moins de deux ans ; ils auraient pu être ce nouveau roi des Juifs venu pour le chasser de son trône.

Sur ce chapiteau double deux représentations symboliques de cités séparent les deux scènes que sont l’Adoration des rois Mages et le Massacre des Innocents : il s’agit de Bethléem au milieu de la face orientale de la corbeille (les lettres capitales BETLEM sont réparties sur les étages de la tour) et de Jérusalem au milieu de la face occidentale (IHERUSALEM). La première cité est celui de la mort des Innocents mais de la naissance du Sauveur, la seconde est le siège du roi meurtrier mais le lieu de la réalisation du Sacrifice qui devait sauver tous les hommes : la Crucifixion.

L’Adoration des trois rois mages se développe essentiellement sur la large face Nord. Les mages avancent vers la Vierge et l’Enfant en tenant haut élevés leurs présents traditionnels : l’or, l’encens et la myrrhe. La Vierge est très explicitement représentée de face et tient l’Enfant Jésus devant elle : l’iconographie choisie est celle de Marie considérée comme trône de Jésus. Donc au-delà de l’anecdote historique : de grands personnages venant visiter un nouveau-né, il s’agit bien d’une théophanie, c’est-à-dire que le Christ en Majesté (de face lui-aussi) révèle, au cours de sa vie terrestre, son caractère divin. Au-dessus de la Vierge et l’enfant un voile se soulève et vient offrir au regard cette « majesté divine ». L’étoile célèbre ayant guidé les mages vers Bethléem est figurée à deux reprises sans doute pour signifier son déplacement dans le ciel.

Le Massacre des saints Innocents se déroule surtout sur la face Sud : Le roi Hérode assis lui aussi sur un trône (un trône seulement matériel celui-là) donne l’ordre d’aller tuer les jeunes enfants parmi lesquels, espère-t-il, se trouve le messie. C’est ainsi qu’un soldat dépèce un nouveau-né dont les membres viennent tomber sur une autre petite victime.

Au centre de cette face, comme Jérusalem à l’Ouest et Bethléem à l’Est, deux femmes, symétriquement campées, presque dos à dos, tiennent chacune un enfant dans les bras.

Le tailloir porte un motif d’écailles sur le bandeau et un rinceau aux enroulements recherchés qui évoquent ceux du tailloir d’un autre chapiteau de la galerie Est.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac