chapiteau de Moissac

Les Noces de Cana

Les quatre faces de ce chapiteau sont consacrées au premier miracle de Jésus : la transformation de l’eau en vin. L’évangéliste Jean raconte comment Jésus invité à une noce, à Cana en Galilée, et sollicité par sa mère parce qu’il n’y avait plus de vin pour les invités accomplit ce prodige, une façon de manifester sa divinité (Jean 2, 1-11).

Sur la face Est une figuration d’architecture représente sans doute la maison des Noces. Le sculpteur joue entre l’architecture de cette maison, mais en se délivrant des lois de la perspective, et l’architecture du chapiteau : il installe par exemple la haute tour -qu’il faut comprendre comme étant à l’angle du bâtiment en L -au centre, sous le dé médian.

Sur la face Nord les mariés sont désignés par les inscriptions ARCITI CLINUS (pour Architriclinus qui a peu à peu désigné au cours du Moyen Âge le marié alors que le sens du mot latin est : « celui qui organise le banquet ») et MULIER, c’est-à-dire l’épouse. Les pains, plats et couteaux se répartissent devant tous les convives dont les pieds sont posés sur l’astragale du chapiteau comme sur un petit tabouret. Ces convives boivent l’eau changée en vérité en vin comme le précise l’inscription : I[N] VINO VE[RE] FACTA.

Sur la face Ouest, face à un disciple de Jésus, un serviteur obéit à la parole de celui-ci : il retire la jarre remplie d’eau du puits et verse le vin qui a remplacé l’eau dans une coupe destinée au « maître du repas ».

La face Ouest présente trois jarres (IDRINAS) immédiatement surmontées de la main du Christ puis d’un livre grand ouvert. Cette mise en équivalence par la sculpture exprime parfaitement l’interprétation que de nombreux commentateurs de la Bible font de l’épisode de Cana : l’eau changée en vin signifie l’Ancien Testament devenant le Nouveau Testament grâce au Christ ou bien encore : le « sens  littéral » des textes saints doit devenir aussi « sens spirituel » (trois sens doivent être dégagés par les bons chrétiens selon un commentateur médiéval nommé Isaac de l’Etoile) pour être correctement lu, lu « à livre ouvert ».

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac