chapiteau de Moissac

Lazare et le mauvais riche

La corbeille de ce chapiteau illustre et commente la parabole présente dans l’Évangile de Luc (16, 19-29).

« Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche… Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et on l’ensevelit. Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein.

Alors il s’écria : « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme ». Mais Abraham dit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux ; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté… Il dit alors : « Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères ; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de la torture ». Et Abraham de dire : « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent ».

Sur la face Nord se déroule le banquet du riche, il (DIVES) trône au centre, sa femme à sa droite lève son bras ; à la droite de celle-ci un personnage, bien vêtu comme le riche lui-même, tient un objet que nous proposons d’identifier comme un rouleau (forme ancienne du livre). Ce personnage est bien assis à la table comme les deux autres ; au-dessus de sa tête deux lettres ont échappé à la destruction de la volute d’angle : ER. Prenant en compte un effet de symétrie sans doute recherché avec l’inscription LAZARUS sur l’autre hampe de volute intacte, et pour des raisons de cohérence exégétique, nous proposons de reconstituer l’inscription en FRATER (frère).

À la gauche du riche est figurée sa riche demeure devant la porte de laquelle gît Lazare dont les ulcères sont léchés par les chiens. Le corps malade de Lazare s’étend de tout son long sur la face Ouest, son âme est recueillie par un ange.

Sur la face Est le corps du riche, dont ne reste que la tête, gît, mais la partie inférieure de la sculpture a été détruite. Son âme, sous la forme d’un petit personnage nu sortant de sa bouche expirante, est recueillie par un démon ailé qui le conduit vers l’enfer (l’« Hadès » du texte de l’Evangile de Luc).

Sur la face Sud c’est « dans le sein » d’Abraham (en fait sur ses genoux) que l’âme du pauvre Lazare reçoit sa récompense. Sur le côté droit de cette face l’âme du riche, depuis l’enfer, demande secours à Abraham d’abord pour lui-même sans succès puis pour ses frères. Abraham répondra que ses frères ont « Moïse et les prophètes », c’est-à-dire le texte de l’Ancien Testament, texte auquel ils doivent croire s’ils veulent être sauvés des tortures de l’enfer.

L’un des sens spirituels de cette parabole est le suivant : le Nouveau Testament n’est que continuation et accomplissement de l’Ancien. Si l’on ne croit pas à l’ancienne Loi, celle d’avant le Christ, alors il est impossible de croire à la Nouvelle. Les cinq frères, symbolisés à notre avis par un seul personnage ([FRAT]ER) assis à la table du riche et tenant le rouleau de l’ancienne Loi, sont l’exemple de cette impossibilité et la preuve a contrario du lien essentiel qui existe entre les deux Testaments.

Sur le tailloir court une inscription tirée du psaume 54 dont la traduction est : Ô Dieu par ton nom sauve-moi, par ton pouvoir fais-moi justice, Ô Dieu entends ma prière.

C.F.

chapiteau de Moissac
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