chapiteau de Moissac

Le Lavement des pieds

Toute la corbeille est occupée par une « ronde » de personnages, le Christ et ses apôtres. Les représentations renvoient pour l’essentiel vers ce moment, que rapporte l’Évangile de Jean, où Jésus lave les pieds de ses apôtres. Le terme consacré en iconographie chrétienne est : « Lavement des pieds ».

Dans la partie gauche de la face sud le Christ agenouillé va manifestement laver les pieds de Pierre (PET[RU]S). Celui-ci lève son bras dans un geste de protestation qui signifie son refus : « Non tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! »  (Evangile de Jean 13, 8). Sur la partie droite André et Paul, face à face, semblent échanger des propos.

La composition de la face est répond à une stricte symétrie. De part et d’autre d’un axe constitué par une bâtisse à deux fenêtres identiques Barthélémy (BARTOLO[MEUS]) et Matthieu font les mêmes gestes : assis ils tiennent sur un de leurs genoux un livre fermé ; chaque livre fermé vient se placer sous chacune des deux fenêtres. De l’autre main, ils tiennent élevés sous le crochet d’angle du chapiteau, situation privilégiée de l’architecture, un livre ouvert. Ces occurrences d’opposition « livre ouvert-livre fermé » sont assez fréquentes dans le cloître, assez mises en contexte, pour qu’on accepte de voir dans le livre fermé le symbole de l’Ancien Testament - dont le sens n’a pas encore été révélé (ouvert) par la venue du Christ - et le Nouveau Testament qui, lui, délivre le message divin «  à livre ouvert ».

Quatre apôtres occupent la face nord : Jacques, Jean, Philippe et Thomas. Le sculpteur a représenté Thomas (TOMAS), un Thomas avec les jambes croisées, un pied devant l’autre, avec l’allure d’un homme en marche. Il tient un livre. Ce détail est-il une allusion à Jean 14, 5 et 6 qui rapporte ce dialogue entre Jésus et ledit Thomas :

Thomas lui (à Jesus) dit : « Seigneur nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? »

Jésus lui dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Les trois personnages nimbés de la face ouest devraient être les apôtres Jacques le Mineur, Jude Taddhée et Simon. Deux d’entre eux ont des linges pour essuyer les pieds que le Christ va laver. Le troisième pointe son doigt vers le haut, peut-être vers la représentation de la main divine de Dieu le Père, posée sur la croix, qui est présente sur le tailloir de marbre. On peut sans doute continuer à évoquer Jean (14, 9 et 10) :

…Qui m’(Jésus) a vu a vu le Père.

Comment peux-tu dire : « montre-nous le Père ! »

Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?

Encore une fois l’iconographie de ce chapiteau qui fourmille de richesses - les nombreux bâtiments représentés pourraient être la mise en image de Jean 14, 2 : Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses demeures…- souligne le lien dialectique entre Ancienne et Nouvelle Loi, insiste sur la transmission de la Loi comprise selon les bonnes règles d’interprétation, celles de l’Église, uniquement celles de l’Église, fondée par l’apôtre Pierre dont le successeur est l’évêque de Rome.

Le message moral est bien évidemment celui de l’amour que chacun doit porter à son prochain et fait référence à la cérémonie du « mandat », tradition du « Lavement des pieds » respectée par les coutumes monastiques.

C.F.

chapiteau de Moissac
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