chapiteau de Moissac

Le martyre de saint Laurent

L’originalité de la corbeille de ce chapiteau est que le récit du martyre qu’elle présente n’est pas organisé en épisodes correspondant chacun à une face.

Il faut pourtant, pour dérouler chronologiquement le récit du martyre, commencer par observer la face nord. Sous le dé médian une haute tour figure sans doute le palais du juge qui condamne, celui-ci est assis sur un trône, sceptre à la main. Derrière lui une tour plus petite porte un personnage qui semble sonner du cor. Sous la volute nord-est se tient un personnage nimbé difficile à identifier. Faisant face au juge un personnage debout montre très ostensiblement un disque frappé d’une croix.

En continuant à tourner autour de la sculpture on voit un des bourreaux qui attise le feu sous le gril ou est allongé le saint martyr. Mais qui est vraiment ce martyr? On peut en effet, en suivant les thèses d’un travail sur les chapiteaux à vie de saints de Moissac, s’interroger sur son identité, en rappelant qu’aucune inscription ne vient ici nous aider ; le malheureux couché sur le gril (face sud) est-il Laurent ou Vincent ? Les textes racontant leur passion évoquent en effet pour tous les deux un supplice du feu.

Une célèbre scène peinte de la chapelle des abbés clunisiens à Berzé-la-Ville pose le même problème qu’à Moissac : le martyr est-il Laurent ou Vincent ? La mise en évidence de ce qui pourrait passer pour une pièce de monnaie portant une croix fait pencher vers l’hypothèse de Laurent, saint aux origines espagnoles : en effet celui-ci, selon la légende, était diacre de la toute jeune Eglise de Rome et son « trésorier ». L’empereur romain Dèce, persécuteur des chrétiens, réclama le trésor de l’Eglise à Laurent. Il répondit que le vrai trésor de l’Eglise était les pauvres aimés du Christ et fut alors envoyé au supplice. La monnaie à la croix serait ainsi une transposition en image de la réponse de Laurent : seul l’amour du Christ est un trésor.

Au-dessus de la scène du gril deux anges étendent leurs ailes protectrices ; l’un évente le malheureux qui grille avec un flabellum (éventail sacré), l’autre agite son encensoir. Divers auteurs ont vu dans ces deux objets liturgiques une évocation symbolique de la mission du diacre lors de la célébration de la messe ; la messe étant ce sacrement qui réitère le sacrifice du Christ. Laurent dans son martyre ( le gril rectangulaire figurant l’autel) renvoie une nouvelle fois vers le centre de toute foi chrétienne : le Christ et sa croix.

De beaux animaux fantastiques s’affrontent deux à deux sur le tailloir de part et d’autre d’un élément végétal stylisé.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac