chapiteau de Moissac

Adam et Eve

Ce chapiteau renvoie vers les premiers chapitres de la Genèse (1, 2, 3) et traite du Péché originel.

Sur la face nord un arbre magnifique anime tout le centre du « tableau ». Le serpent qui selon les textes a séduit Eve, très mal conservé, s’enroule autour du tronc. De part et d’autre figurent, encore nus, les acteurs du Péché originel : Adam barbu à gauche et Eve avec ses longs cheveux à droite. Remarquons que, de façon très exceptionnelle (mais à quelle tradition iconographique peut-on se référer pour une date aussi ancienne que celle de l’an 1100 ?), le serpent tend sa tête, certes mutilée, vers Adam et non vers Eve. Portait-il la pomme fatidique dans sa gueule ? L’état de la sculpture ne permet pas de le savoir.

Face sud un ange magnifique, épée brandie, chasse les premiers pécheurs du Paradis dont la porte est traitée avec un grand luxe de détails (pentures à moustaches, fermeture à moraillon, etc.).

Sur la face ouest on retrouve Adam et Eve, vêtus de peaux de bête comme il convient après l’expulsion du paradis. Adam lève haut, jusqu’au dé médian, sa houe ; il a été condamné aux travaux terrestres. Eve ne file pas, n’allaite pas ses enfants comme dans l’immense majorité des représentations, elle semble tirer vers le bas une branche d’un nouveau bel arbre occupant la partie gauche de cette face. En tout cas elle sépare cette branche terminée par un fleuron (qui ressemble à celui que tient Jessé sur un autre chapiteau) du reste de la ramure et l’incline de façon à permettre à Adam de l’abattre.

Pourquoi les travaux terrestres sont-ils représentés comme une entreprise commune d’Adam et d’Eve : celle qui consiste à prélever la branche d’un arbre, arbre qui pourrait bien être le deuxième arbre évoqué par la Genèse : « l’arbre de vie » ?

Selon les Pères de l’Eglise qui commentèrent la Bible l’arbre de la « connaissance du bien et du mal » a apporté la mort avec le Péché originel; la croix du Christ au contraire est un arbre (un « bois ») de vie et de salut. Ecoutons entre autres Ambroise de Milan : « La mort vient de l’arbre, la vie de la croix ». La croix est bien faite à partir d’une branche coupée. Saint Irénée de Lyon évoque cette part d’arbre mort (la croix) qui porte la vie alors que l’arbre vivant avait apporté la damnation. Ainsi Adam et Eve prépareraient dès les origines du monde l’instrument de la Rédemption par le Christ. Ces mêmes Pères de l’Eglise n’appellent-ils pas Marie la nouvelle Eve (par exemple saint Augustin)?

Adam sur la face est du chapiteau, avec son nom bien en évidence sur le dé médian (comme le sont souvent les symboles sacrés dans le cloître), se tient face au Christ, comme un dédoublement de ce dernier. Gageons qu’il ne s’agit pas seulement de la scène des reproches de Jésus à Adam mais de la mise en image de l’interprétation des Ecritures : Christ est le nouvel Adam, libéré du péché, comme le dit entre autres l’Epître aux Romains (5, 14).

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac