chapiteau de Moissac

Les martyres de Pierre et de Paul

Un texte qui n’appartient pas aux livres « reconnus » comme composant la Bible et un récit de Denys l’Aréopagite racontent comment les apôtres Pierre et Paul ont subi le martyre. Ce chapiteau illustre et commente ces épisodes de la vie de l’Eglise.

Face est c’est l’empereur romain Néron (NERO) qui, sceptre en main et doigt accusateur tendu, condamne Pierre et Paul qui prêchent la parole de Jésus contre la religion panthéiste officielle de l’empire.

Face ouest les âmes des deux martyrs, figurés comme deux petits corps innocemment dénudés, sont serrés dans les bras d’un bel ange du Paradis.

Sur la face nord la grande figure centrale est celle de Pierre, crucifié, comme le Christ, mais la tête en bas car il ne se juge pas digne de mourir dans la même position que Jésus. Deux bourreaux, de part et d’autre, tiennent leur marteau haut élevé pour enfoncer les clous dans les mains du malheureux.

La face sud présente une particularité : une cavité à peu près carrée perce la pierre. Plusieurs historiens de l’abbaye de Moissac ont assuré qu’elle fut le réceptacle de reliques ayant certainement appartenu à Pierre et/ou Paul. Si c’est le cas toutes les images sculptées du cloître formeraient le décor, y puisant du même coup leur « légitimité », d’une immense châsse dédiée à Pierre et Paul (saints patrons de l’abbaye de Cluny, abbaye chef d’ordre de Moissac). Malgré la disparition des têtes des personnages et de certains éléments on reconnaît le martyre de Paul : il va avoir la tête tranchée. C’est sur la représentation d’une pièce de tissu figurée derrière sa tête que nous voudrions attirer l’attention. La légende veut en effet qu’une femme nommée Plautille ait, par charité, bandé les yeux de Paul avant sa décapitation. Or sur le chapiteau ce voile est retiré avec vigueur par un ange, détail qui n’appartient pas à la légende. Ce dévoilement des yeux de Paul au moment du supplice grâce auquel il va « passer au Christ » (selon l’expression de nombreux textes) convient parfaitement à celui des apôtres qui reçu brutalement l’illumination du vrai Dieu sur le chemin de Damas. Les mots inscrits sur le tailloir renvoient d’ailleurs vers cet instant où Saul -qui allait devenir Paul- auparavant persécuteur des chrétiens a eu la révélation et a entendu Jésus lui demander : (SAVLE SAVLE QU[ID] M[E] PERSEQ[V]ER[IS]) c’est-à dire : « Saul ; Saul , pourquoi me persécutes-tu ? ».

Le thème du dévoilement qui signifie la compréhension, l’intelligence du message divin contenu, mais de façon voilée, dans les Ecritures est le leitmotiv de l’exégèse chrétienne. Il est également celui du cloître de Moissac en 1100.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac