La Tentation du Christ

chapiteau de Moissac

Selon les évangélistes Luc et Matthieu (4, 1-11) Jésus se retira au désert pendant quarante jours avant de commencer sa vie publique, après son baptême. Son baptême est représenté en début de cette même galerie sud. « Jésus, rempli d’Esprit sain, revint du Jourdain, et il était mené par l’Esprit à travers le désert durant quarante jours, tenté par le diable. Il ne mangea rien en ces jours-là et, quand ils furent écoulés il eut faim. Le diable lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain ». Et Jésus lui répondit : il est écrit : ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme ». L’emmenant plus haut le diable lui montra en un instant tous les royaumes de l’univers et lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car elle m’a été livrée, et je la donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle t’appartiendra tout entière ». Et Jésus lui dit : Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte ». Puis il le mena à Jérusalem, le plaça sur le pinacle du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu’ils te gardent. Et encore : sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre ». Mais Jésus lui répondit : « Il est dit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s’éloigna de lui jusqu’au moment favorable. » (Luc 4, 1-13).

Les faces est, nord et sud de la corbeille de ce chapiteau permettent de suivre chacun des épisodes de ces tentations au désert. Mais on sait que même les « storiae » (c’est-à-dire les faits, les histoires de la vie du Christ, qu’il est hors de question pour le dogme de mettre en doute en tant que faits) des Evangiles doivent recevoir une interprétation spirituelle pour être convenablement, chrétiennement comprises. Ainsi Jésus face aux pierres amoncelées que lui propose le Diable aux pieds crochus oppose avec dévotion — la main recouverte d’un voile pour le tenir — le Livre, donc, l’Ecriture sainte donc l’Intelligence du message de Dieu.

Enfin la face ouest montre un Christ vainqueur qui reçoit le pain des mains d’un ange, messager de son père : la nourriture véritable est donc spirituelle. Un autre ange étend et déplie largement un voile. Le nombre de voiles « ouverts » dans le cloître et leur situation nous invitent à cette interprétation que de nombreux Pères de L’Eglise suggèrent : Christ et le Nouveau Testament sont le seul moyen de révéler, dévoiler, ouvrir enfin le message qui était présent mais incompréhensible dans l’Ancien Testament.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac