Les miracles de la cananéenne et du centurion

chapiteau de Moissac

Ce chapiteau double renvoie vers deux miracles différents accomplis par Jésus : la guérison de la fille habitée par un démon d’une femme cananéenne (Matthieu 15, 21 -28 et Marc 7, 24-30) et du fils, ou du serviteur, d’un militaire romain.

Sur la face ouest sont campés trois personnages : la femme cananéenne à gauche, le Christ reconnaissable à son nimbe crucifère à droite, au centre se tient un apôtre (« disciple » disent les Evangiles), nimbé, qui tend les bras entre la femme et Jésus comme pour les inviter à se rassembler. Les pieds de Jésus et de la cananéenne indiquent qu’ils marchent l’un vers l’autre. Derrière la cananéenne, celle qui est en dehors de la communauté et religion juive, sa fille possédée, cheveux défaits par la folie qui l’habite, se tient prostrée sous un arc symbolisant sa demeure.

Sur la face est, à l’opposé du chapiteau mais en situation parallèle, se développe la scène de la guérison du fils du centurion romain. Ce dernier, vêtu de court, invite Jésus présent sous la volute d’angle, à entrer dans sa maison ; son bras désigne clairement, comme destination, le lit de son enfant malade, lui aussi installé sous arc – ici figure clairement une porte -. Derrière le lit se tient l’apôtre Pierre avec ses clefs. Comme le soulignent Quitterie Cazes et Maurice Scellès dans leur ouvrage : « Le cloître de Moissac » Pierre est celui qui « fut l’artisan de l’ouverture de l’Eglise aux nations païennes ». Sur la face sud s’alignent trois hommes nimbés qui sont sans doute les « disciples », donc des apôtres, qui intercèdent en faveur de la cananéenne : « …Ses disciples… » ( du Christ) « lui disaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. »

Pourquoi rassembler ces deux épisodes sur un même chapiteau ? On peut arguer du fait qu’il s’agit de deux guérisons miraculeuses. Mais Jésus a accompli d’autres miracles. S’il fallait un nouvel argument pour plaider la proximité entre littérature exégétique chrétienne et sculpture du cloître de Moissac ce chapiteau en serait un : le seul rapprochement connu entre ces deux épisodes évangéliques ailleurs que sur notre chapiteau est une homélie sur l’Evangile de Matthieu de Jean Chrysostome (Homélie LII sur Matthieu - § 6°) : « Elle » (la cananéenne) «  ne le conjure point de venir chez elle comme cet officier du roi qui pria le seigneur de venir toucher son fils et de descendre avant qu’il mourût ».

Que signifie donc ce rapprochement iconographique, où intervient Pierre, avec ses clefs : Jésus est celui qui veut rassembler dans la maison de son Père, par l’intermédiaire des apôtres qui répandent son message, les juifs et les non-juifs. Cette maison dont Pierre a les clefs (présence des maisons de la cananéenne et du centurion) est évidemment une métaphore et une préfigure de l’Eglise.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac