Les évangélistes

chapiteau de Moissac

Pour la seconde fois dans le cloître un chapiteau est consacré aux quatre évangélistes. Chaque face porte l’image du symbole « animal » qui fut associé à chacun par l’iconographie chrétienne, à partir des textes des Pères de l’Eglise qui s’inspiraient eux-mêmes des visions du prophète Ezéchiel et des visions de Jean, rapportées dans l’Apocalypse. Les évangélistes de la galerie nord, grands anges, n’ont que la tête de leur signe animal ; l’inspiration pourrait bien venir des enluminures des copies du commentaire de l’Apocalypse fait par Beatus de Liebana. Ici en revanche le corps entier, ailé, des animaux est représenté.

Tous les livres qu’ils portent sont ouverts. Notons seulement que pour les évangélistes de la galerie nord il y a alternance de livres ouverts et de livres fermés. Dans le cloître de Moissac on est tenté de faire des livres ouverts la métaphore de l’Ecriture enfin comprise.

Sur les lignes tracées de ces livres ouverts des lettres sont, difficilement, lisibles. Sur le livre de Matthieu les lettres L G suffisent à comprendre qu’il s’agit du début de son Evangile : « Liber generationis… » qui déroule la liste des ancêtres du Christ selon la chair. Pour le lion de Marc : V et C sont peut-être les initiales de « Vox clamantis… », troisième verset de son Evangile. Pour le taureau de Luc on ne peut lire qu’un F. Les lettres identifiables du livre de Jean sont V C et E A, sans doute les initiales du début de son Evangile : « In principio Erat Verbum, et Verbum Erat apud deum, et deus erat Verbum » (Au début était le Verbe…).

Le tailloir voit quatre paires de lions enrouler leurs queues pour donner prétexte à un motif chaque fois différent. Leurs têtes aux cous ployés, affrontées, se rejoignent aux angles. L’une d’entre elles a survécu au bûchage systématique des têtes du cloître.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac