Le dragon vaincu

chapiteau de Moissac

Ce chapiteau double renvoie surtout au chapitre 20, 1-10 de l’Apocalypse de Jean  avec des références au chapitre 12, 7-12.

Ecoutons certains versets du chapitre 20 : « Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l’abîme, ainsi qu’une énorme chaîne. Il maîtrisa le Dragon, l’antique serpent, - c’est le Diable, Satan - et l’enchaîna pour mille années. Il le jeta dans l’Abîme, tira sur lui des verrous, apposa des scellés, afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps… Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison, s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer ; ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée » (notons au passage que le chapiteau suivant de cette galerie sud est la représentation de Jérusalem : la « Cité bien-aimée »). « Mais un feu descendit du ciel et les dévora. Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles ».

Le chapitre 12 permet surtout d’identifier l’ « Ange » descendu du ciel comme étant l’archange Michel.

Sur la face large orientale se déploie un monstrueux animal enchaîné qui est identifié par l’épigraphie : SER(PENS) ANTICUS QUI EST DIABOLUS (le serpent antique qui est le diable). Michel occupe l’angle sud-est et non pas une face du chapiteau : S(ANCTUS) M(ICHAEL). Il descend de la volute transformée en nuée, tient la chaîne du monstrueux animal, ouvre le puits de l’abîme (PUTEUS ABISSI) avec une énorme clef pour l’y enfermer. De ce puits de l’abîme ressort, mille ans plus tard, le même diable qui occupe aussi un angle du chapiteau. Ainsi, comme le disent Quitterie Cazes et Maurice Scellès dans leur ouvrage sur le cloître : ces positions de Michel et du puits sur les angles «imposent une lecture continue du chapiteau ». Tirons-en les conclusions : le diable-dragon est emprisonné, puis libéré, mais si l’on continue la lecture en tournant autour du chapiteau, après que GOG ET MAGOG aient été dévorés par les flammes sur la face nord, on revient sur ce qu’on peut considérer comme la capture définitive du diable dont « le supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles » selon le texte de l’Apocalypse, qui parle ainsi d’une victoire finale des armées du Christ.

Le tailloir déroule sa frise de palmettes enroulées dans le réseau de leurs tiges.

C.F.

chapiteau de Moissac
chapiteau de Moissac