Le martyre de saint Etienne

chapiteau de Moissac

Les Actes des Apôtres rapportent les circonstances de la mort par lapidation d’Etienne, l’un des sept disciples choisis pour se charger des corvées matérielles que les apôtres ne peuvent plus assumer alors qu’ils doivent évangéliser le monde. Etienne est considéré comme le premier diacre de l’Eglise en formation. Il est également considéré comme le premier fidèle ayant subi le martyre au nom de Jésus.

Sans doute faut-il commencer par lire la face orientale où Etienne nimbé trône au milieu de deux personnages aux mains élevées en signe de prière (orants). Ce peut être un moment où il propage la Parole de Dieu (« Etienne, rempli de grâce et de puissance, opérait de grands prodiges et signes parmi le peuple », Actes des Apôtres 6, 8) ou bien le moment où, expirant il clame « Seigneur, reçois mon esprit » (Actes des Apôtres, 7, 59) ou plutôt les deux à la fois. Nous savons en effet désormais que les « histoires » du cloître ne se bornent pas à une narration mais sont un discours commentant tel ou tel passage des textes sacrés en les rapprochant.

Sur la face nord, Etienne, prisonnier, est conduit vers sa fin.

Sur la face ouest une accumulation de personnages évoquant une foule déchaînée lapident Etienne, qui tombe à genoux.

La face sud, tournée vers la galerie, donc la plus facilement visible, évoque l’invention des reliques de saint Etienne. Cet évènement aurait pris place en 415. La représentation qui en est faite est intéressante : le tombeau est identifié : SEPULCRU[M] BEATI ST[E]PH[AN]I ; au-dessus de lui un coffre de taille imposante recouvert d’un voile est transporté sur les épaules de deux hommes par l’intermédiaire de barres. Cette image évoque irrésistiblement le transport de l’Arche d’Alliance dans le temple de Jérusalem (Première Bible de Charles le chauve par exemple). Nous sommes en présence d’un nouveau chapitre du travail d’exégèse du cloître : ce thème parle de la continuité fondamentale entre Ancien et Nouveau Testament. Les reliques (voilées) des martyrs, qui sont à l’image du Christ, sont bien objet de vénération car signes du message divin contenu dans l’arche d’Alliance entre Dieu et les Hébreux.

On peut voir également dans cette image une affirmation dogmatique : les reliques doivent bien être vénérées contrairement à ce qu’affirment, sans doute déjà en 1100, quelques mouvements qui conteste leur caractère sacré, au sein même de l’Eglise, et qui sont appelés à prendre de l’ampleur : l’ « hérésie cathare » en sera un exemple.

C.F.

chapiteau de Moissac
Face est
chapiteau de Moissac
Face sud
chapiteau de Moissac
Face ouest
chapiteau de Moissac
Face nord
chapiteau de Moissac