Oiseaux dans les arbres

chapiteau de Moissac

Toute la surface de la corbeille de ce chapiteau est animée par la ramure d’arbres - leurs racines sont bien mises en évidence-. Il ne s’agit pas d’un simple « décor » végétal. Les branches s’enroulent avec beaucoup d’élégance et de fantaisie et s’épanouissent en fleurons. De gros oiseaux s’y agrippent. Les courbes et contre-courbes de leur corps souples répondent à celles des branches.

C’est la proximité avec les chapiteaux du « songe de Nabuchodonosor », de « la grande Babylone » et de la « sainte Jérusalem » qui éclaire l’iconographie de ce chapiteau. Dans le livre de Daniel (4, 7-14) est raconté le songe que fit Nabuchodonosor : le roi voit un arbre gigantesque qui abrite des oiseaux, l’arbre trop grand (il « atteignait le ciel ») doit être abattu par la volonté divine pour donner une leçon d’humilité aux puissants.

Dans plusieurs manuscrits des X et XIe siècles et notamment des « Beatus » (c’est-à-dire des commentaires de l’Apocalypse de Jean et, souvent, du Livre de Daniel) on trouve la même image d’oiseaux dans les arbres voisinant avec celle de Nabuchodonosor, son songe et sa transformation en bête. Ainsi, dans cette partie de la galerie sud se développe le même petit cycle lié au Livre de Daniel que dans plusieurs manuscrits réalisés en terre espagnole. Ce rapprochement et d’autres caractéristiques de l’iconographie du cloître (chapiteau du « dragon dans l’abîme », évangélistes à tête animale par exemple) ne laissent que peu de doute : le commanditaire et les sculpteurs de Moissac connaissaient certains de ces manuscrits dits « Beatus ».

Sur le tailloir des oiseaux bicéphales déploient leurs ailes : la relative rigidité de cette frise contraste avec les enroulements virtuoses de la corbeille.

C.F.

chapiteau de Moissac
Face est
chapiteau de Moissac
Face sud
chapiteau de Moissac
Face ouest
chapiteau de Moissac
Face nord
chapiteau de Moissac