Les béatitudes

chapiteau de Moissac

Le sculpteur et/ou le commanditaire du cloître de 1100 ont/a fait le choix de renvoyer vers le Sermon sur la Montagne de Jésus (Matthieu 5, 1-12 et Luc 6, 20-23) par le moyen de personnages allégoriques. Le procédé évoque d’autant plus l’antiquité que tous les personnages qui défilent autour de la corbeille sont vêtus de toges sauf un seul, le Pauvre. On peut rappeler ici qu’un manuscrit illustré produit à Moissac dans la première moitié du XIe siècle, un traité sur les Vices et les Vertus chrétiennes, utilisait déjà le procédé de l’allégorie pour délivrer son message.

Deux allégories sont présentées sur chaque face. La particularité de ce chapiteau où ne se déroule aucune « histoire » est l’omniprésence sur le fond de la corbeille de lettres gravées qui forment les mots (souvent abrégés selon les codes utilisés dans les manuscrits contemporains du cloître) du Sermon sur la Montagne. Ce chapiteau est, selon le mot de Marcel Durliat à propos du cloître, très « bavard ».

Notons les inscriptions et leurs traductions :
B(EAT)I PAUP(ER)ES SP(IRIT)U : heureux les pauvres en esprit.
B(EAT)I Q(U)I ESURIUNT : heureux ceux qui ont faim.
BEATI MITTES : heureux les doux.
B(EAT)I Q(U)I LUGENT Q(UONIAM) I(S)T(I) C(ON)SOLABU(NTUR) : heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés.
B(EAT)I MISERICORDES : heureux les miséricordieux.
B(EAT)I CORDE MU(N)DO: heureux les cœurs purs.
B(EAT)I PACIFICI Q(UONIAM) F(ILII) D(EI) V(OCABUNTUR) : heureux les pacifiques car ils seront appelés fils de Dieu.
B(EAT)I Q(U)I P(ER)SECUTIONE(M) P(ATIUNTUR) : heureux ceux qui sont persécutés.

Les qualités énumérées qui conduisent le chrétien aux « Béatitudes » forment, selon la littérature chrétienne, une sorte d’autoportrait de Jésus lui-même. Citons l’auteur (Le Bret) de l’ « Histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament avec leurs allégories et leurs morales » qui commente l’introduction du passage évangélique des Béatitudes, laquelle dit : « Et prenant la parole, il (Jésus) les enseignait en disant ». Le Bret rappelle que les « interprètes » de l’évangéliste Matthieu ont souligné l’importance du fait que Jésus, jusque-là sur la réserve, « avait enfin ouvert l’abîme de sa science et de sa sagesse » pour la diffuser. Le flot de lettres gravées semble correspondre à l’abondance des Paroles du Christ : le message encore dissimulé se répand enfin, dans l’Eglise, sur la pierre, dans l’Ecriture, avec l’écriture.

C.F.

chapiteau de Moissac
Face est
chapiteau de Moissac
Face sud
chapiteau de Moissac
Face ouest
chapiteau de Moissac
Face nord
chapiteau de Moissac