Daniel dans la fosse aux lions et l’Annonce faite aux bergers

chapiteau de Moissac

Ce chapiteau double a la particularité de présenter deux scènes bibliques différentes, l’une tirée de l’Ancien Testament, l’autre du Nouveau.

La face nord renvoie vers un des épisodes du Livre de Daniel (6, 1-29) : le prophète Daniel refuse d’obéir à une loi du roi mède Darius qui lui interdit de prier le Dieu des hébreux. Il est alors jeté dans la fosse aux lions mais en sort indemne, les fauves l’ayant épargné. L’iconographie très fréquente de « Daniel dans la fosse aux lions » à l’époque romane est ici traitée sobrement : un Daniel imposant trône, mains élevées en position d’orant. Il est encadré dans une rigoureuse composition symétrique par deux lions qui se dressent contre les arbres des angles de la corbeille. Les lettres disséminées composent l’inscription : DANIELE(M) M(ISERUNT IN) LACU(M) LEONIS signifiant : ils envoyèrent Daniel dans la fosse aux lions. Le mot LEO accompagne les deux animaux. Ces lettres et leur dispersion viennent animer le fond nu de la scène.

Les trois autres faces sont consacrées à l’épisode de l’Evangile de Luc (Luc, 2, 8-12): l’Annonce faite aux bergers de la naissance du Christ :

- Sur la face sud un bel ange, ailes éployées, tient entre ses doigts un disque timbré de la croix, le signe du Christ. Sous le dé médian un personnage court vêtu, tenant un bâton, autour duquel s’enroule son chien (qui semble jouer) est évidemment un berger. Les mots PASTO(RE)S et ANG(E)LI (bergers et anges) sont inscrits sur ce même dé médian. A droite du berger s’empilent, sans autre forme de procès, les animaux du berger : un âne (ASI(NUS), un bœuf (BOVES) et un porc qui semble occupé à chercher des glands.

- Sur la face est des chèvres (CAPRAS) s’affrontent de part et d’autre d’un arbuste. La façon dont les lettres sont tracées est interessante.

- Sur la face ouest un autre berger (PASTORES) occupe la même position et surtout la même posture d’orant que Daniel. Ses chiens bondissent de joie à son côté à l’annonce de la Bonne Nouvelle.

La réunion de ces deux scènes éloignées à l’intérieur du récit biblique a évidemment un sens. Daniel est considéré comme le dernier prophète à avoir annoncé avec précision la venue du Christ (il est également une préfigure du Christ) et les bergers sont les premiers témoins de la réalité de l’incarnation. Ce chapiteau arrime ainsi de façon solide les différents temps chrétiens. L’Ancien Testament annonce le Nouveau et les évènements du Nouveau sont la promesse tenue de l’Ancien. Le Christ est le sens du temps de la Loi qui s’accomplit en lui.

C.F.

chapiteau de Moissac
Face est
chapiteau de Moissac
Face sud
chapiteau de Moissac
Face ouest
chapiteau de Moissac
Face nord
chapiteau de Moissac