Prieuré de la Charité-sur-Loire

Le prieuré de la Charité-sur-Loire est fondé en 1059, directement sous la tutelle de l’abbaye de Cluny. Il bénéficie assez tôt de nombreuses possessions et dépendances à l’échelle européenne et, dès le début du 13e siècle, il devient « fille aînée » parmi les cinq principales filiales de Cluny. En 1107, l’église Notre-Dame est consacrée par le pape Pascal II. À la fin de sa construction dans les années 1130-35, l’édifice comprend un chœur échelonné à cinq chapelles, un transept saillant avec deux chapelles sur chacun de ses croisillons, une tour de croisée octogonale et une nef bordée de doubles collatéraux longue de dix travées et s’achevant à l’ouest par une façade à cinq portails surmontée de deux grands clochers. De cet ensemble monumental du 12e siècle, il ne subsiste que la tour Sainte-Croix et les deux portails latéraux se trouvant à sa base et dont l’iconographie est assez inhabituelle.

chevet de la prieurale
chevet de la prieurale

Le portail de la Transfiguration

chapiteau de San Zoilo

Le portail de la Transfiguration, découvert en 1815 dans une maison accolée au soubassement de la tour nord, est déplacé à des fins conservatoires par Mérimée, en 1835, dans le croisillon sud du transept.

La scène du tympan représente la Transfiguration, épisode des Évangiles où le Christ est transfiguré sur le Mont Thabor. Elle s’accompagne, au linteau, de deux épisodes de l’enfance du Christ, l’Adoration des mages, à gauche, et le Présentation au Temple, à droite. La sculpture y est de très grande qualité et présente des détails très raffinés (drapés très travaillés, chevelures et barbes des différents personnages très soignées). Deux mains différentes semblent avoir réalisé ces bas-reliefs.

Si les deux épisodes de l’Enfance du Christ sont couramment représentés aussi bien en Orient qu’en Occident, la thématique de la Transfiguration est peu commune dans l’art occidental. Mais ce n’est sans doute pas un hasard, si exactement à la même période, dans les statuts de Cluny promulgués à la suite du chapitre général, en 1132, Pierre le Vénérable introduit dans le calendrier la fête de la Transfiguration.

L’innovation de ce portail réside également dans le fait qu’on ait mêlé à cette théophanie du Mont Thabor une représentation de l’Ascension du Christ (posture et gestes du Christ).

La juxtaposition de l’Adoration des mages, de la Présentation au Temple, de la Transfiguration et de l’Ascension dans un même ensemble sculpté peut s’expliquer par le texte des statuts de Cluny qui préconise que la nouvelle fête de la Transfiguration doit être célébrée à l’égale des autres théophanies du Christ dans l’Église de Cluny. L’ensemble sculpté du portail de la Transfiguration serait donc une transposition visuelle du texte de l’abbé.

Sources :

Finance L. de (dir.), Guide du musée des monuments français à la Cité de l’architecture et du patrimoine, D. Carré, Paris, 2010, p. 42.

Hisquin S., La façade de l’église Notre-Dame de La Charité-sur-Loire : Recherches sur le portail sculpté de la Vierge, Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, BUCEMA [En ligne], 9 | 2005, mis en ligne le 04 octobre 2006, consulté le 05 août 2014. URL : http://cem.revues.org/800 ; DOI : 10.4000/cem.800

Stratford N., Cluny, apogée de l’art roman, L’estampille/L’objet d’art, HS 53, 2010, 3-9.

chapiteau de San Zoilo
chapiteau de San Zoilo